Les 700 merveilles du monde – Ingapirca

Si l’Amérique du sud regorge de sites archéologiques, il est parfois difficile de se plonger dans l’histoire de ces peuples et ces civilisations, de comprendre les vestiges qui nous sont donnés à voir (pour que cela ne reste pas que quelques tas de cailloux), et de découvrir l’importance dans l’histoire de la culture sud-américaine de ces sites. A plus forte raison quand depuis l’Europe la seule histoire de ces peuples que nous ayons commence en 1492 quand ils ont été « « « découverts » » » (oui je mets 3 guillemets, un pour les vikings, un pour les potentiels chinois/maliens/polynésiens… , et un pour les peuples sur places qui se sont très bien découverts tout seuls !),  et qu’ils ont « mystérieusement » commencé  à disparaitre quelques années plus tard, emportant avec eux des millénaires de culture et de traditions orales.

Nous sommes partis le 15 septembre 2018 pour un voyage d’un an et demi en Amérique du Sud, Océanie et Asie du Sud Est ! Voici notre récit en Équateur. Pour lire le début des aventures, c’est ici.

Le site d’Ingapirca pourrait ressembler à n’importe quel tas de cailloux vaguement posé en haut d’une colline, si en creusant un peu on ne découvrait pas que sont gravés dans ces pierres les histoires de l’une des plus puissantes cultures équatorienne et du succès de l’Empire Inca – première civilisation à réussir à unifier les Andes en s’affranchissant des barrières posées par ses montagnes à plus de 6000m.

Le site dans son ensemble

Le temple du soleil resplendissant… au soleil !

Ingapirca était à l’origine un site sacré majeur de la culture Cañaris, qui était l’une des plus importantes et puissantes civilisations d’Équateur, habitant la région de Cuenca aux alentours des années 500 jusqu’en 1470. Cuenca était d’ailleurs leur capitale, qui fut en grande partie reconstruite par les Incas, puis rasée par les Espagnols (sont-y pas mignons ?) et totalement reconstruite à nouveau…

Les vallées d’origine du peuple Cañar

Les Cañars sont connus pour être un des peuples qui a le plus résisté militairement aux armées Inca. Ils ont finis par être balayés et absorbés dans l’empire Inca aux alentours de l’an 1470, à peu près 100 ans avant que les Espagnols génocident arrivent en Équateur. Néanmoins leur culture et leur tradition vivent encore fortement dans toute la région de Cuenca, et les habitants sont aujourd’hui fiers d’être leurs descendants.

Le temple domine toute les vallée adjacentes du haut de ses 3200m d’altitude

Notre guide, un pur et fier descendant de la culture Cañar, n’était pas d’accord du tout avec la version officielle de l’histoire venant des archives Inca. Il  a bien insisté sur le fait que les Incas n’ont jamais conquis le peuple Cañar par la force, mais plutôt qu’ils ont absorbés progressivement le territoire par le jeu des alliances matrimoniales et par leur puissance culturelle, à l’image des Romains qui fédéraient certains peuples par leur influence culturelle et leurs avancées technologiques.

Il y a d’ailleurs beaucoup de point communs entre les Incas et les Romains. Tous deux ont réussi à fonder des Empires extrêmement puissants dans des zones où était implantées des dizaines de cultures et sociétés différentes. Ils réussissaient tous deux à fédérer les peuples conquis grâce à leurs avancées technologiques (notamment les routes, voies romaines et chemins des Incas, qui permettaient de favoriser le commerce mais aussi d’acheminer des armées rapidement), et en absorbant les cultures et divinités locales et en les ajoutant à leur panthéons.

D’ailleurs c’est précisément ce qui s’est passé à Ingapirca. Lieu sacré d’importance ou les Cañars vénéraient la divinité lunaire, les Incas ont veillés à conserver le lieu plutôt que de le raser comme le ferait des envahisseurs moins intelligents, qui veulent se retrouver avec une révolte sur les bras.

Le temple de la lune Cañari . Au centre se trouve la sépulture d’une reine enterrée avec tout ses serviteurs, empoisonnés à sa mort (sympa !)

Au lieu de cela ils sont venus implanter leurs divinités et leurs croyances sur le site, en amenant notamment le culte de la divinité solaire Inti. Le temple au dieu soleil est venu se placer directement en face de celui de la lune Cañaris, dans un bel alignement.

Le temple de la lune Cañari et ses réserves de grains au premier plan, le temple du soleil Inca au fond

Entre ces 2 temples venaient se placer des habitations pour le clergé, notamment le « couvent » des « sœurs » qui s’occupaient d’assister les prêtres pour les cérémonies et de tisser les vêtements d’apparat pour la noblesse.

Des morceaux de tissus Incas datant de plus de 600 ans !

C’est aussi l’une de ces femmes qui était sacrifiée en cas de catastrophe naturelle (séisme, sècheresse…). Mais notre guide insiste bien sur le fait que les Cañaris et les Incas n’étaient pas des brutes sanguinaires comme les Aztèques, pas question de bains de sang réguliers ici, mais d’un sacrifice exceptionnel réalisé avec du poison. Le corps de la jeune femme était ensuite déposé sur une montagne, au plus près de la demeure des dieux pour apaiser leur colère.

Des armes Incas en pierre, eh oui ils ne connaissaient pas le fer

Entre les deux temples on trouvait aussi des ateliers d’artisans qui créaient les objets de culte, un système de circulation d’eau et de bains rituels, ainsi que des terrasses agricoles qui servaient aussi à maintenir les sols et éviter l’érosion.

Les « cuisines », ou les pierres noires a gauches servaient à broyer le maïs

Les quartiers des artisans, notamment des potiers

L’aqueduc et les bains reliant les 2 temples, traversant des terrasses agricoles

Le temple du soleil en lui-même a été construit par les Incas sur les fondations d’une construction Cañaris préexistante, d’où sa forme ovale unique dans le monde Inca. Ces derniers avaient plutôt tendance à construire bien rectangulaire ! On peut voir encore ici à l’œuvre une forte volonté d’agglomérer la culture et les traditions locales à celle de l’empire.

La construction du temple en elle-même respecte les préceptes de l’architecture impériale Inca : des blocs de pierre massifs, taillés précisément en forme de « coussins », et qui viennent s’assembler sans mortier et sans jointures sous leurs propres poids. La précision d’assemblage semble assez hallucinante pour un peuple qui n’avait pas d’outils en fer, mais cela restait réservé aux constructions les plus sacrées et les autres bâtiments étaient constitués de briques de terre sur des soubassements en pierre grossièrement taillées. Seul ce soubassement a d’ailleurs résisté au passage du temps alors que le temple tout en pierre est resté quasiment intact !

Le temple tel que redécouvert dans les année 30, quasiment intact !

La reconstitution d’une maison en terre, beaucoup moins solide

Ce temple est exceptionnel car c’est le plus gros encore préservé de tout l’empire Inca ! Trônant magistralement au centre des montagnes, sa position stratégique lui permet de dominer tout le bassin de vie local tout en étant aligné avec les montagnes environnantes et les 4 points cardinaux.

En effet le temple est parfaitement aligné sur un axe est-ouest. Dans la salle principale du temple, les 3 niches qui contenait auparavant des statues (certainement en or et n’ayant résisté à la soif des conquistadors) étaient directement frappée par le soleil aux solstices pour la centrale, et aux équinoxes pour les latérales.

Le cœur du temple et ses 3 niches sacrées

Lors de ces évènements de grande fête étaient organisées, comme l’Inti Raimi au solstice d’été, qui rythmait le calendrier Inca principalement basé sur l’agriculture. Ce cycle de fête suivant les saisons, ainsi que la séparation de l’univers Inca en 3 mondes :

  • le Monde Supérieur (Hanach Pacha), demeure des dieux.
  • le Monde du Milieu (Kay Pacha), demeure des hommes,
  • le Monde Inférieur (Uqhu Pacha), demeure des morts mais aussi des graines amenant la vie (la mort n’étant donc qu’une renaissance),

tout cela est représenté dans la Chacana, ou croix des Andes, symbole central de la culture Andine précolombienne.

La Chacana, tracé par notre guide au sommet du temple

Pour qui saura se plonger dans cet univers, Ingapirca est un lieu magique, emprunts de toute la force de l’histoire et de la culture de ces civilisations incroyables, qui sont allés dompter des montagnes immenses et y construire des monuments de pierre pour honorer leurs dieux  des bienfaits que leur accordaient la nature les environnant.


Infos pratiques :

Pour y aller il suffit de prendre le bus depuis Cuenca, partant à 8h30 et qui vous emmènera là-bas en quelques heures pour 14 $ aller-retour, la visite coute seulement 2 $ et est guidée obligatoirement, et cela vaut clairement le coup si vous tombez sur un guide aussi passionné que celui que nous avons eu la chance d’avoir ! Vous pouvez poursuivre la visite en vous baladant un peu alentours et en faisant le petit musée très bien fait, pour revenir tranquillement le soir vers Cuenca.


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A bientôt pour de nouvelles merveilles !

2 réponses sur “Les 700 merveilles du monde – Ingapirca”

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