Bolivie – Le salar d’Uyuni, 3 jours riches en émotion !

« … »

« … On est arrivé ? »

5h15 du matin, notre bus depuis La Paz s’arrête dans une petite ville et tout le monde s’affaire pour sortir du bus. Nous ne réalisons pas tout de suite que nous sommes arrivés à Uyuni (il est beaucoup trop tôt !), mais apparemment si, nous voilà dans la principale ville d’où partent les excursions pour le salar !

Nous sommes partis le 15 septembre 2018 pour un voyage d’un an et demi en Amérique du Sud, Océanie et Asie du Sud Est ! Voici notre récit en Bolivie. Pour lire le début des aventures, c’est ici.

Dès la sortie du bus, des femmes nous abordent pour nous proposer des agences d’excursions ou encore des cafés, des hôtels, des auberges. Un peu grognon par cette arrivée matinale, nous les évitons et nous nous préparons à aller nous informer nous-même auprès de quelques agences concernant les tours proposés et leurs tarifs. Nous partons dans l’idée de s’offrir 3 jours et 2 nuits pour découvrir cet endroit du monde, histoire de vraiment en profiter, quitte à dépasser notre budget, en optant pour être déposés ensuite de l’autre côté de la frontière, à San Pedro de Atacama, au Chili. On nous avait prévenu que toutes les agences d’Uyuni pratiquent globalement les mêmes excursions avec les mêmes activités, les mêmes hébergements où tout le monde se retrouve et les même prix. Notre critère principal était avant tout de pouvoir traverser le salar et pas simplement d’y passer avant de le contourner par la route et si possible, de dormir à côté pour pouvoir profiter des étoiles sur le désert.

Pour ceux qui se rappellent que nous détestons les excursions en général et se demandent « pourquoi choisir cette façon de découvrir le salar » ? Tout simplement car il n’y a aucun autre moyen ! Il n’y a pas de transports qui peuvent vous amener à proximité, traverser ce désert seul et à pied serait trop dangereux, et si les véhicules personnels peuvent être autorisés à traverser le désert par l’armée Bolivienne qui en garde les abords, ce serait signer l’arrêt de mort de sa voiture qui verrait son châssis rongé par le sel… L’excursion permet aussi de traverser tranquillement l’immense parc national du Sud Lipez qui sert de zone tampon entre le Chili et la Bolivie (qui sont toujours en état de très forte tension militaire suite à la guerre du Pacifique).

◊ Trouver une agence pour le salar

Nous abordons une première agence qui nous propose un tour à 600 bolivianos, ce qui nous paraît assez peu cher par rapport à ce que nous attendions. L’offre suit le parcours « classique » que nous avions vu sur internet (en gros tout le monde fait les même arrêts aux mêmes points d’intérêts) mais le temps dans le salar est très limité (un simple petit aller-retour) et la première nuit se fait dans un village très loin (or nous souhaitions passer la nuit juste a coté du salar pour pouvoir observer les étoiles se reflétant sur le miroir d’eau !). Nous posons quelques questions et nous repartons pour aller voir d’autres agences et comparer. Nous avons le temps, les excursions ne partant qu’à 10h30, nous pouvons nous permettre de faire un petit tour ! A 6h30 du matin, tout est encore fermé et nous faisons une petite pause déjeuner dans cette ville fantôme. Enfin, plus tard, 2 autres agences nous proposent un parcours sympa et un prix à 750 bolivianos (après négociation) mais une seule nous assure que nous serons en mesure de traverser le salar et pas simplement de le contourner. Pourquoi est-si compliqué ? Parce que nous sommes au mois de janvier, c’est-à-dire en pleine saison des pluies et donc le salar est recouvert d’une couche d’eau qui rend certains endroits compliqués, voire dangereux à passer.

Les rues d’Uyuni

Finalement, nous partirons avec Estrella del Sur, qui nous inspire confiance, et nous ne partirons que le lendemain où il y a plus de chances de pouvoir traverser le désert que le jour même. Parfait ! Nous en avons donc pour 1500 bolivarnos (190 €) à deux incluant le transport, le guide, les repas, les hébergements et un bus ensuite jusqu’à San Pedro de Atacama.

Nous passons le reste de la journée à Uyuni que nous trouvons sans intérêt et chère, à trainer dans les rues ou à notre hôtel. Juste un mot sur lui, l’hôtel la Cabana : il s’agit du pire que nous ayons eu depuis notre départ il y a 4 mois ! Des matelas qui donnent l’impression de dormir sur le sol dur, des draps qui n’ont pas l’air très cleans, pas de papier toilette (ou alors, il faut l’acheter à la réception), une cuisine sous clé, un dortoir glauque et un personnel par aimable du tout. Ce n’est pas très cher (30 bolivanos chacun pour un lit), mais nous avons déjà connu bien mieux à ce prix-là ! Pour une nuit, nous le prenons avec légèreté et en rigolons bien avec l’Israélien et l’Américain partageant notre dortoir.

◊ Jour 1 – le salar d’Uyuni

Rendez-vous à 10h30 où nous rencontrons nos compagnons de voyages : un couple d’australiens (Tom et Catherine) et un couple d’un polonais (Greg) et d’une brésilienne (Sarah) vivant en Écosse, tous d’environ notre âge, ainsi que notre guide, Walbert, 48 ans et pratiquant ce type d’excursions depuis 25 ans !

Et nous voilà parti pour seulement 20 petites minutes de voiture, juste le temps de faire connaissance, puisque le premier arrêt se situe tout près d’Uyuni : il s’agit de son cimetière de train !

Voici Walbert !

♦ Le cimetière de train

Nous sommes au milieu de nulle part, sur une grande plaine de cailloux désertique délimitée au loin par de grandes dunes marron. Et là, sur ce terrain plutôt hostile, se trouvent des carcasses de locomotives qui semblent s’être échouées toutes seules et qui se couvrent de rouille au fil des ans. Il s’agit des épaves de trains qui permettaient dans le temps d’acheminer les minerais de la région (lithium, cuivre, arsenic…) jusqu’à l’océan pacifique quand la Bolivie avait encore un accès à la mer. Aujourd’hui, les vieilles locomotives à vapeur ont été mises au rebut et ce sont des trains et camions modernes qui transportent le précieux lithium dont dépend notre société technologique moderne.

Ces trains sont aujourd’hui une attraction touristique et se couvrent de graffitis et de personnes les escaladant, les explorant dans leur moindre détails. Cela semble assez irréel de pouvoir monter au sommet d’une grande locomotive en fonte au milieu de ce désert et de s’improviser conducteur de train imaginaire pendant quelques instants !

20 petites minutes, c’est court pour apprécier le site par ailleurs bondé (eh oui, pour une raison étrange et inconnue, toutes les agences pratiquent le même parcours aux mêmes heures et tout le monde se retrouve donc aux mêmes heures aux mêmes endroits alors qu’en décalant simplement d’une petite heure, il serait possible de se retrouver au calme… si quelqu’un souhaite ouvrir son agence à Uyuni, qu’il/elle m’entende ;).

♦ Le musée du sel

Deuxième arrêt de la journée pour une petite vingtaine de minute (toujours) : un petit village qui se dédie entièrement à la production de sel à partir de celui récolté au salar d’Uyuni. Vous nous sentez venir ? C’est la minute culture !

        Minute culture salar d’Uyuni

 Le salar d’Uyuni, situé à 3 658 m d’altitude, c’est 150 km² de sel dont l’épaisseur varie entre 2 et 120 m, soit le plus grand désert de sel du monde (et certainement aussi le plus gros tas de sel !). En plus du sel, il contient également un tiers des réserves de lithium exploitables de la planète (qui, rappelons le, a une importance majeure dans la fabrication des batteries électriques). Autant dire que la Bolivie est au centre de l’attention de nombreuses grosses compagnies !

Mais, un des principaux problèmes de la Bolivie est qu’il s’agit d’un des rares pays enclavés au monde (c’est à dire sans aucun accès à la mer). En effet, son accès à l’océan a été conquis par le Chili lors de la guerre du Pacifique à la fin du XXème siècle (c’est encore un sujet de tension extrême et les 2 populations se détestent cordialement pour cela !). Les relations avec le Chili ayant toujours été tendues, la Bolivie a donc extrêmement de mal à exporter ses ressources de minerais…

Ce désert s’est formé suite à la disparition du lac Tauca, il y a 14 000 ans de cela. En s’asséchant, le sel contenu dans le lac est resté pour former le désert. Aujourd’hui, le sel est exploité à raison de 25 000 tonnes par an, ce qui est peu comparé à la quantité de sel totale présente au salar (60 à 65 milliards de tonnes) et la grande majorité des boliviens consomme le sel issu du salar. Toutefois, les propriétés gustatives et nutritives du sel de mer sont bien meilleure, car il a le notamment le bénéfice d’être iodé (ce qui évite le crétinisme, un maladie disparue chez nous grâce au sel iodé !).

Voilà pour la minute culture !

Bon, tout cela, on l’a surtout appris grâce à Wikipédia, notre guide n’était malheureusement pas la personne la plus loquace que nous ayons rencontrées ! La visite du « musée » fut donc très rapide, nous avons eu simplement l’occasion de voir en 3 étapes la transformation des pains de sel brut retirés du salar en sel plus fin, blanc et sans impureté. Ensuite, nous avons surtout eu le temps de se balader parmi les échoppes de souvenirs. Deuxième arrêt, c’est plié !

De gros cristaux de sel

♦ La traversée du salar

Enfin, après ces petites mises en bouche, nous entrons dans le vif du sujet ! Après quelques kilomètres seulement, nous quittons brusquement la route pour entrer au beau milieu du désert !

Avant toute chose, sachez qu’entre janvier et mars (c’est-à-dire exactement à la période où nous y étions !), la pluie inonde le désert qui se recouvrent alors d’une quinzaine de centimètre d’eau en moyenne (mais il y a aussi des gros trous de plusieurs mètres de profondeur, d’où le danger !). Sur cette étendue presque absolument plate, le résultat est la formation d’un miroir naturel gigantesque !

En une seconde, nous avons l’impression d’entrer au beau milieu d’un grand nuage blanc éclatant et tout mouillé. Il n’y a plus de piste et notre jeep semble tracer elle-même sa propre route sans aucun repère au milieu de cet infini. Nous franchissons ce petit voile d’eau déposé sur le salar en éclaboussant de part et d’autres de nos roues et nous filons à vive allure au milieu de cet infini de rien. Les couleurs sont dingues, intenables pour des yeux sans lunettes de soleil tant ses rayons se réfléchissent avec force sur ce sol d’un blanc immaculé. Nous n’en croyons pas nos yeux, littéralement. A l’horizon, les nuages se reflètent parfaitement, nous faisant presque nous demander si ce n’est pas nous qui marchons sur la tête. Tandis que les montagnes se reflètent en mirage sur la surface brulante et forment des îles volantes.

Enfin, nous voyons notre destination se profiler : un bâtiment semble émerger directement du sel du désert. Et pour le coup, c’est bien le cas ! Nous nous arrêtons devant un grand bâtiment tout en sel servant de refuge pour le repas de midi de toutes les agences visitant le salar. Nous profitons des quelques instants avant de manger pour démarrer la longue chaîne d’idées de photos rigolotes avec lesquelles chacun veut repartir.

Un « monument » au Paris-Dakar qui est passé par là il y a quelques années !

A midi, nous serons gâtés ! Habitués à manger un simple menu que nous partageons à deux dans des petites cafétérias, nous retrouvons avec plaisir la diversité et la quantité, n’ayant plus besoin de partager équitablement nos assiettes entre nous ! (Pour les mamans qui s’inquiètent : oui, on mange à notre faim, partager un menu est simplement un moyen de faire quelques économies sans se gaver non plus – car lorsque l’on mange tous les jours au restaurant, ça finit par lasser…). Diverses salades, du steak d’alpaga, du pain, des crudités… nous nous sentons gâtés ! Les deux autres couples nous accompagnant ne nous comprennent pas très bien et nous pensent affamés pour apprécier tant un repas qui peut paraître simple… mais pour nous, c’est un petit festin, miam ! Nous repartons bien vite et là, nous comprenons que nous avons encore une chance inouïe au cours de ce voyage : nous faisons partis des rares chanceux qui ont sélectionné une des agences réalisant vraiment la traversée du désert et ne faisant pas simplement demi-tour.

Petite explication : lorsque le désert est recouvert de cette pellicule d’eau, la traversée n’est pas du tout assurée : l’argument du danger revient souvent dans les bouches des agences et en effet, certaines parties du désert étaient presque sous un mètre d’eau, il vaut donc mieux être préparé… nous avons aussi entendu l’argument de la protection des voitures : ben oui, le sel ça ronge le métal ! Bref, toujours est-il que nous avions principalement sélectionné notre agence en fonction du fait qu’elle nous avait assuré qu’ils assureraient bien la traversée. Sauf qu’en discutant avec d’autres groupes de touristes, nous nous sommes rendus compte que certains avaient été assurés de la même chose, avaient même été jusqu’à payer leur traversée plus cher que prévu pour en être sûr… et n’allait tout de même pas traverser !

Et en partant ainsi à travers le désert, nous nous sommes effectivement rendu compte que parmi la cinquantaine de voiture qui étaient parvenues au lieu de rendez-vous pour le repas de midi, nous n’étions plus que 4 à effectivement traverser au final ! Je ne saurais pas trop quoi vous dire comme conseil pour être sûr de faire la traversée, c’est un peu une question de chance ! Je peux simplement vous recommander notre agence (Estrella del Sur) qui paraît assez fiable (elle avait été testé avant nous par 2 autres voyageuses rencontrées à Copacabana).

Nous voilà donc partis quasiment seuls pour traverser le désert d’est en ouest, ce qui nous prendra toute l’après-midi. Walbert, notre guide, semble se diriger sans aucun problème dans ce sel sans trace et je finis par lui demander comment fait-il ? Il m’indique tout simplement qu’il se dirige par rapport aux sommets des montagnes, en face, qu’il connait bien et qu’il sait où se trouve la route goudronnée de l’autre côté.

Walbert se dirige grâce aux montagnes à l’horizon

Au bout d’une heure, nous nous arrêtons. Je crois que les termes « au milieu de nulle part » n’auront jamais été aussi bien employés qu’ici ! En 2 minutes au sortir de la voiture, nous perdons complètement nos repères, n’ayant plus aucune idée de là d’où nous venons et où nous devons aller. Le regard se porte sans fin jusqu’à rencontrer l’intersection des nuages avec l’horizon. Notre guide, bien rôdé, nous encourage alors à tenter toutes nos idées de photos les plus folles. Eh oui, vous avez sûrement déjà vu ce genre de photo, jouant sur les différences de perspective ! Très calé, il nous indique où nous placer, quoi faire, comment, quand et nous donne même quelques idées de vidéos.

Ne nous connaissant pas la veille, nous développons pourtant tous les 6 une certaine complicité et nous nous amusons à tenter les idées les plus incongrues pour jouer sur ces différences de perspectives. Ne nous lassant pas de nouvelles idées, Walbert devra nous forcer un peu pour repartir et continuer notre route. A quelques mètres de nous, paraissant être un saut de puce ou des kilomètres sur cette surface sans repères, nous voyons d’autres groupes, comme des mirages, réaliser les mêmes choses.

Après presque 4h de traversée épique du salar sans qu’à aucun moment nous ne soyons lassés de regarder ce paysage unique au monde, nous sortons de ce rêve éveillé et revenons, presque brutalement pour nos esprits emportés loin dans cet infini, sur une route asphaltée. Une dernière petite heure de transport et nous parvenons à notre hébergement pour la nuit : un hôtel de sel à San Juan. Cette journée est certes terminée, mais elle résonne encore dans nos yeux qui ne s’en remettent pas.

Quelques vigognes nous accueillent pour notre étape du soir

Nous sommes accueillis par un petit thé, suivi d’un repas du soir simple mais copieux. Nous discutons un petit moment avec le couple d’australiens qui nous renseignent sur ce qui devrait nous plaire ou non en Australie, quel coin nous devrions visiter etc, et nous finissons par tous aller nous coucher, prêts à vivre des aventures encore plus belles, si cela est possible, le lendemain.

L’hôtel tout en briques de sel !

◊ Jour 2 – Traversée de la province du Sud Lipez

Départ prévu à 7h30 du matin, nous sortons de l’hôtel alors que Walbert et les autres guides des agences voisines installent nos sacs à dos sur le toit des jeeps, protégés par une bâche épaisse. Et c’est reparti ! Nous repartons cette fois sur une piste en terre au milieu de grandes steppes à la végétation rase entourées de hautes montagnes aux sommets enneigés. La lumière du matin brillant par intermittence entre les nuages rend la scène changeante, belle et sauvage à la fois.

♦ Canyon de Las Tres Gigantes

Nous faisons un premier court arrêt (encore une vingtaine de minute) devant le canyon de le canyon de Las Tres Gigantes, où nous en profitons pour escalader quelques pierres et observer ainsi ces formations rocheuses étrangement découpées par le passage de l’eau. Bon, nous n’avons pas grand-chose à en dire car notre guide ne nous en a pas raconté grand-chose… Il nous a simplement planté là avant de disparaître pendant 20 minutes puis de revenir nous chercher pour repartir…

♦ Laguna Vinto

Notre deuxième arrêt nous dépose face à une grande lagune posée au milieu de hautes montagnes enneigées au couleur contrastées. Au centre, nous pouvons voir… nos premiers flamands roses de la journée ! Nichés ici toute l’année, ils semblent profiter de calme et de bonnes conditions pour se développer en paix. En face, nous découvrons le volcan Uturuncu, le plus haut de la région culminant à 6 008  m d’altitude. Mais nous nous arrêtons ici très peu de temps car nous sommes sensés en voir beaucoup plus à la lagune prochaine à seulement quelques kilomètres !

♦ Laguna Hedionda

Et effectivement, nous débarquons face à la laguna Hedionda, à quelques mètres de notre lieu de rendez-vous pour le repas de midi, et ce sont des dizaines de flamands roses qui nous accueillent en se déplaçant paresseusement d’une patte sur l’autre pour manger dans l’eau peu profonde de la lagune. Nous regardons fascinés ces flamands roses vivant à plus de 4000 m d’altitude, entre montagnes et lagunes et tentant de nous rappeler ce que nous savons d’eux, plutôt habitués à se les imaginer dans des contrées plus chaudes !

Le contraste de leur plumes roses avec le sel blanc de la lagune et avec, en fond, le marron foncé, le vert tendre puis le rouge et le blanc des montagnes est dingue et nous ne nous lassons pas de les prendre en photo sous toutes les coutures !

A midi, nous nous regroupons tous dans la même petite pièce où nous guide nous régale encore de salades, viandes froides et pain. Et c’est reparti !

Nous poursuivons notre piste en terre que Walbert semble tracer lui-même, indifférent aux autres jeeps qui nous croisent parfois, au milieu de ce terrain nu de roches entre les montagnes. Le ciel s’assombrit, il commence à pleuvoir, puis à neiger. L’endroit pourrait paraître singulièrement hostile, complètement désolé, mais pour on ne sait quelle raison, il ne l’est pas du tout et devient même magique à mesure que la terre puis la boue se recouvre d’une fine couche de neige toute blanche. La buée envahie les vitres de notre jeep et nous nous réchauffons en nous racontant quelques histoires des 4 coins du monde.

♦ Le désert de Dali, l’arbol de piedra

Nous finissons par nous arrêter de nouveau pour découvrir d’autres pierres complètement déchiquetées par les éléments et disposer au hasard de la route. Seulement, il pleut, il vente, il fait froid et personne n’a très envie de s’attarder bien longtemps. Nous sommes trempés en quelques secondes et ne nous entendons pas à 2 m. Nous prenons juste le temps de quelques photos avant de repartir de plus belle.

Un Viscacha, sorte de gros rongeur des Andes, aux oreilles toutes rondes !

♦ Le cratère du volcan Thunupa

Enfin, nous réalisons notre ultime arrêt, mais celui qui m’aura le plus impressionné de la journée : le cratère du volcan encore en activité de Thunupa. Nous sommes à plus de 5000 m sans en avoir pourtant l’impression, la pluie s’est arrêtée quelques instants comme pour nous laisser le temps de profiter de l’endroit avant de reprendre de plus belle. Nous sortons de la jeep et une forte odeur d’œuf pourri nous prends aux narines. Notre guide nous fait signe de nous approcher prudemment du cratère du volcan qui dégage une épaisse vapeur blanche et odorante. Au fond de petites fosses biscornues, nous pouvons voir une sorte de mélasse grisâtre buller par moment, faisant des petits « blob, blob, blob » comme un ragoût qui bout ; tandis que des grand geyser de fumée soufrée jaillissent du sol dans des bruits étourdissants. Ça pue, ce n’est pas très ragoûtant, mais bon sang qu’est ce que cela m’impressionne !

Je n’imaginais pas un seul instant avoir un jour la chance dans ma vie de me trouver au bord du cratère d’un volcan encore actif ! Nous observons, impressionnés, ce morceau de terre qui semble tellement vivant, à la fois dangereux, complexe et en même temps bien rôdé ! Nous recouvrons nos chaussures d’une boue gluante, collante et glissante en marchant au bord du cratère qui ne cesse de changer de forme au gré des nuages de vapeur qui s’en échappe. J’y repense encore aujourd’hui sans y croire !

♦ Dernière arrêt : Les sources d’eau chaude de Chalviri

Enfin, après quelques derniers méandres de notre route boueuse, nous parvenons à notre hébergement, un grand hôtel posé là, au milieu de nulle part dans les montagnes. Et là, notre chance (qui commence à devenir presque trop folle pour nous !) nous rattrape : nous étions sensés dormir dans un dortoir cette nuit-là car nous avions pris la « formule » la moins chère de notre agence. Nous y étions préparés, pas de soucis, cela ne nous changeait pas grand-chose de l’ordinaire. Et puis, sans trop savoir pour quoi, on nous indique une jolie chambre privée ! Peut-être nos beaux yeux ? On ne sait pas, en tout cas, nous aurons au final payé presque 2 fois moins cher que les autres couples de notre groupe pour exactement la même prestation… la vie est belle (mais peut-être injuste ?) ! Le repas du soir est une belle surprise puisque nous avons des spaghettis bolognaise (ne rigolez pas, pour nous, c’était Noël !) avec en prime… une bouteille de vin chilien, ma foi, fort goûtu ! Nous nous sommes d’ailleurs fait un plaisir de faire nos français et d’expliquer aux autres comment on goûte un vin comme il se doit (Morgane, si tu passes par là, merci à toi pour cet enseignement !). Après ce repas fort agréable, nous sommes partis profiter de ce qui restera pour moi une des plus incroyables expériences de ce voyage : des sources chaudes à plus de 4000 m d’altitude !

Nous n’avons pas pris de photo de nuit pour étayer ce paragraphe, désolé il vous faudra imaginer la scène !

Pas très à l’aise à l’idée de sortir en maillot de bain et en tongs de notre hôtel alors qu’il neigeait, nous avons parcouru en courant les quelques mètres nous séparant d’un grand bassin, à l’air libre où quelques personnes se baignaient déjà. En s’efforçant de ne pas penser à ce que nous étions en train de faire, nous avons enlevé pulls, écharpes et bonnets dans le froid mordant, grelottant quasiment instantanément et nous avons prudemment approché un orteil de la surface de l’eau. Et là, le bonheur total !! L’eau chauffée naturellement par les volcans était à une température parfaite : juste ce qu’il faut pour être parfaitement bien, parfaitement détendu, sans souffrir de rougir comme une écrevisse à cause de la chaleur. Nous nous y sommes glissés avec délice, dans le noir complet et avons levé la tête. Au dessus de nous, nous pouvions voir la magnifique voûte étoilée à peine gâchée par le peu de lumière nous environnant, parfaite, scintillante dans son immensité. Notre ami australien nous a alors appris à reconnaitre quelques constellations facilement repérables mais totalement inconnues pour nous venant de l’hémisphère nord : la croix du sud, la ceinture d’Orion… Le moment était véritablement magique. Nous pouvions sentir la fraîcheur de l’air sur nos visages comme un effet bienvenu contrastant avec la chaleur de l’eau et nous pouvions nous perdre dans le noir complet du bassin, se trouver un endroit au calme et observer les étoiles… Ce moment a d’ailleurs rassemblé les groupes provenant d’agence différentes que nous côtoyons pourtant depuis déjà 3 jours sans avoir eu vraiment l’occasion d’engager la conversation. Chacun semblait complètement mis à nu devant ce spectacle qui éclate toutes les barrières de l’émotion. Nous avons perdu la notion du temps dans ce bassin et avons finit par en ressortir comblés… pour se faire attraper par le froid mordant qui attendais tranquillement son heure !

◊ Troisième jour – en route pour le Chili

Malheureusement, la nuit a été un peu moins belle ! Je me suis couchée en ayant une belle douleur à l’estomac… qui n’est jamais passée en fait et qui m’a valu, de nouveau, une intoxication alimentaire ! Et puis, surprise : le lendemain, au petit déjeuner, tandis que je me tournais prudemment vers une simple tasse de thé (alors qu’il y avait des pancakes, c’est quand même triste…), nous ne voyons personne d’autre arriver. Et puis, à 10 minutes de la fin du petit-déjeuner, nous voyons débarquer Catherine, l’australienne et Greg, l’écossais, seuls nous indiquant que leur conjoint respectif avait passé la nuit aux toilettes, à vomir tout ce qu’il pouvait. Aie aie aie… Apparemment, nous avions tous les trois attrapés la même chose ! Nous n’avons pas vraiment réussi à définir la cause de nos problèmes mais nous pouvons dire sans trop de doute qu’il s’agit certainement de la nourriture (Clément et Greg avait eux-même été barbouillés la veille). Et là, il faut quand même avouer que c’est comique : la Bolivie est un pays assez « connu » pour causer des problèmes aux touristes pour supporter la nourriture. Il n’est pas rare du tout de tomber malade apparemment… Seulement voilà : nous avons toujours profité des petites cafétérias bon marché sans trop prendre de précaution et nous n’avons jamais eu de problème. Et là, alors que nous nous sommes offert le luxe d’un tour organisé avec repas compris, où nous étions donc sensés manger bien mieux en moyenne qu’avec nos petits menus tout simple, c’est là que nous sommes tombés malade… comme quoi, le prix et l’apparence ne fait pas la qualité !

S’en est donc suivi une conversation assez « comique » pour définir qui de nous trois était dans la pire condition et avait le droit à la place de devant dans la jeep, puis aux deux places de derrière, l’un ayant une porte qui s’ouvre mais pas la fenêtre, l’autre ayant la fenêtre mais une porte coincée. Nous n’en avions que pour quelques heures de route avant de rejoindre la frontière chilienne et de terminer cette excursion qui ont été entrecoupées d’ultimes pauses dont personnes n’a vraiment pu profiter (sauf Clément qui pétait la forme). Une en particulier m’a marqué tout de même, il s’agit d’une lagune toute rose se confondant avec le ciel, lui-même tout rose dans la lumière du matin. Chose magnifique : la neige n’avait cessé de tomber de la nuit, recouvrant tout d’un voile blanc intouché !

Le passage de la frontière chilienne fut une aventure tout aussi épique qui vaudra un article à elle tout seule ! On vous laisse un peu dans le salar pour le moment !

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Bonne route !

6 réponses sur “Bolivie – Le salar d’Uyuni, 3 jours riches en émotion !”

  1. J’ai adoré le petit message adressé aux mamans qui s’inquiètent haha 😉 tes photos font rêver comme toujours! Mes grands parents m’ont parlé de la Bolivie et j’ai très envie de visiter ce pays! plein de bisous ❤

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    1. Merci beaucoup 🙂 Eh oui, il faut bien que l’on rassure nos mamans de temps en temps qui s’inquiètent de nous savoir au bout du monde ! Nous aurions aimé avoir pu y passer plus de temps, c’est un pays fantastique !

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