Les 700 merveilles du monde – Nazca

La plupart des gens connaissent le nom Nazca à cause des immenses géoglyphes que cette civilisation a tracé dans le désert à 600 km au sud de Lima.

Sur plus de 450km² s’étalent des centaines de lignes, figures géométriques et dessins zoomorphes  tracés dans la couche de cailloux brulés par le soleil du désert. Ce plateau étant l’un des plus sec au monde (2mm de pluie par an !), les dessins ont été préservés quasiment intacts pendant près de 1500 ans pour nous parvenir aujourd’hui.

Le site principal, et ses figures animales et végétales les plus connues

Ce qui est assez dingue, outre le fait de venir dessiner des trucs dans ce désert qui redéfinit le terme inhospitalier, c’est que les dessins sont gigantesques ! Les figures elles-mêmes mesurent de 20 à 30m de diamètre, et certaines vont jusqu’à plus de 100m de long ! Néanmoins il est seulement possible d’en voir 3 depuis un petit mirador le long de la route : « l’arbre », « les mains » et « le lézard », les autres étant perdues au milieu du désert qui est interdit d’accès pour ne pas détériorer ce site millénaire. Il est possible de faire un vol en avion pour découvrir les figures les plus célèbres mais nous tenions absolument à découvrir ces figures de la manière dont les Nazca les ont conçues : à échelle d’homme.

Du petit mirador on peut découvrir le « lézard », à la queue coupée par l’autoroute

« L’arbre », dont le tracé restauré est bien visible

Et « les mains », un genre de patate avec des bras !

Toutes les figures ne sont formées que d’une seule ligne qui forme un tracé continu, avec une seule entrée et sortie, d’où l’hypothèse majoritaire de chemins de processions

Au niveau du plancher des lamas ces figures sont quasiment invisibles !

Mais ce qui est encore plus impressionnant à mon sens que ces quelques figures animales, on le découvre un peu plus loin sur un promontoire naturel au milieu du désert : ce sont des dizaines et des dizaines de lignes parfaitement rectilignes qui s’entrecroisent sans logique apparente. Certaines parcourent le désert sur des kilomètres, parfaitement droites, d’autres s’élargissent en grand trapèzes ou rectangles.

La notion d’échelle est difficile a percevoir sur ce genre de photos, mais pour donner une idée la montagne dans le fond a droite se trouve à une quinzaine de kilomètres

Cette ligne va courir de manière parfaitement rectiligne sur plusieurs dizaines de kilomètres au milieu du désert

Quand on observe un relevé des lignes trouvées dans la zone, les quelques figures animales (qui étaient déjà impressionnantes) deviennent insignifiantes face à l’étendu du travail des Nazca. Pour rappel cette carte fait 5 fois la surface de Paris !

Mais souvent, comme pour les pyramides de Gizeh et Stonehenge, tout cela semble mystérieux et inexplicable parce qu’on ne regarde pas toute les autres choses moins « funky » qu’on trouvé les archéologues qui travaillent d’arrache-pied pour comprendre les raisons de ces constructions monumentales.

Les Nazcas n’échappent pas à la règle : le côté « civilisation mystérieuse dont on ne sait rien » s’efface un peu quand on va chercher un peu plus loin, et par exemple qu’on découvre les géoglyphes de Paracas, une autre civilisation qui a vécu plus au nord dans le désert quelques centaines d’années avant les Nazcas, avant d’être absorbée par ces derniers. Les Paracas aussi ont créé des dizaines de géoglyphes tracés dans les pierres du désert qui ont presque 2000 ans, et ont des formes plutôt… originales !

Vous reprendrez bien un peu de désert inhospitalier ?

Un autre petit mirador permet de découvrir ces dessins

Le géoglyphe appelé « la famille royale »

Quand on découvre ces grands dessins naïfs qui ressemblent beaucoup à ce qu’on pourrait trouver dans les marges d’un cahier d’écolier, et qu’on constate qu’il sont tracés sur les pentes d’une vallée qui était irriguée par un fleuve à l’époque et qui était intégralement cultivée au temps des Paracas, on se prend à imaginer les bergers et agriculteurs qui, s’ennuyant un peu, ont commencé à dessiner sur les collines environnantes. Années après années on peut se dire que chaque famille avait ses terres marquées par des jolis dessins dans les collines (c’est n’est que ma petite théorie personnelle). En tout cas si les significations exactes de ces dessins resteront pour toujours un mystère, ce qui n’est pas mystérieux c’est que les Nazcas n’ont pas eu à chercher très loin pour trouver l’idée de dessiner dans le désert.

Ce relevé présente tous les géoglyphes trouvés dans la région, au centre le grand rectangle est la fameuse zone centrale des dessins Nazcas de 450km². Les civilisations de la zones étaient plutôt imaginatives et l’on a trouvé des milliers de dessins tracés dans le désert, et on en découvre encore chaque année !

Le mystère s’éclaire encore quand on pousse la porte du musée Antonini (du nom de l’archéologue Italien qui travaille sur les sites Nazcas) et qui présente plus de 12 ans de fouilles ayant révélés des objets exceptionnels, parfaitement préservés par le désert aride.

Des décorations en plumes qui ont gardées leurs couleurs pendant 1500 ans !

Il y a beaucoup de petite choses étranges dans ce musée, car les Nazcas ont été trop peu étudiés pour avoir une connaissance approfondie de leur culture

Si l’utilité exacte des lignes dans le désert nous échappe encore, et nous échappera certainement pour toujours en absence de textes, les pièces du musée montrent que leur construction par le peuple Nazca ne fait aucun doute. Notamment car on peut suivre précisément l’évolution des goûts artistiques Nazcas sur les poteries en parallèle des géoglyphes : tant sur les poteries que dans les figures gravées dans le sable du désert les première spirales simples ont été remplacées par des figures animales construites autour de ces formes rondes, puis à l’époque tardive par des lignes géométriques abstraites (certainement quand les Nazcas ont fait leur petite révolution artistique en se disant que les formes animales c’était super has-been et que l’art contemporain ça faisait mieux sur la table du salon du temple !).

Ces quelques poteries nous montrent l’évolution du style Nazca, des premières spirales (en haut a gauche), aux figures animales naïves (comme le singe en haut a droite, copie de celui que l’on trouve tracé dans le désert sur plus de 80m de longueur) enfin, jusqu’aux figures géométriques et aux dessins stylisés  de la poterie en bas à gauche (qui au passage à une anse de style Chavin, preuve d’échanges culturels millénaires sur le continent)

Les Nazcas sont réputés pour avoir le style de poteries le plus créatif de toute l’Amérique du sud

Ce style a inspiré l’artiste contemporain mondialement connu Keith Haring et ses fameux bonhomme colorés

S’il semble complètement incompréhensible pour nous aujourd’hui de venir vivre s’installer dans un désert aussi inhospitalier, les graines et plantes retrouvées dans un état de parfaite conservation dans les assiettes des Nazcas par les archéologues nous apprennent que la zone était bien plus pluvieuse et humide il y a 2000 ans vu les plantes qui y poussaient.

Le régime de base Nazca, préservé dans les sables du désert pendant 1500 ans : du maïs, de la courge, des tubercules et quelques légumes… ainsi que du coton !

Il y a 1500 ans le maïs ne payait pas de mine, les énorme épis que nous produisons aujourd’hui sont le fruit de générations de sélections intensives

Cela associé à la capacité formidable des ingénieurs Nazcas à développer d’incroyables systèmes d’irrigation devait faire que ce coin de désert situé à la croisée de quelques fleuves descendant des montagnes devait plutôt ressembler à un immense oasis verdoyante.

Dans le jardin du musée on découvre un aqueduc Nazca encore fonctionnel

Les vestiges les plus impressionnants pour moi ont d’ailleurs été les aqueducs et les puits Nazcas. Des galeries souterraines courent sur des kilomètres pour amener l’eau des nappes souterraines vers les villes. Ces aqueducs souterrains sont accessibles pas d’immenses puits en spirales ou chaque famille pouvait venir puiser son eau pour irriguer ses cultures.

Un énorme réseau d’aqueduc à ciel ouvert parcourait les zones urbaines

Dans les zones rurales les aqueducs étaient souterrains, et disposaient de puits d’accès

Ces immenses spirales de pierres permettaient à chacun de venir puiser son eau

Aujourd’hui encore ce champ de courge pousse en plein désert grâce aux systèmes Nazcas, au pied de la plus grand dune de sable du monde et ses 1200m de haut (tout au fond sur la photo, derrière les montagnes grises)

L’autre spécialité de la ville : les champs de cactus

Mais le clou de la découverte se trouve dans un autre coin de désert, après 30km de piste au milieu du sable et des cailloux depuis la ville.

Que peut-il bien être cultivé dans ce désert alors que mêmes les cactus au premier plan sont morts desséchés ?!

Après être passé devant des dizaines de panneaux indiquant des centaines de kilomètres carré de zones historiques protégées contenant des géoglyphes ou des ruines dont on ne voit rien car masquées sous les sables du désert faute de fouille, une immense pyramide de terre émerge des dunes du désert.

Des dizaines de panneaux de ce type laissent entrevoir les mystères enfouis dans ce désert

Quand soudain au détour de la piste…

Cahuiachi est l’un des centre cérémoniels les plus importants de l’âge d’or des Nazcas. Nous n’avons quasiment aucun indice sur le genre de culte qui était rendu autour de ces immenses pyramides de terre renforcé par du bois, mais des dizaines de sépultures ont été trouvées dans la zone, ainsi que les preuves d’une grande quantité de productions artisanales de haute qualité (poterie, tissage, métallurgie…).

Il reste très peu de vestige aujourd’hui et il faut imaginer la grandeur de cette pyramide qui était toute parée de couleurs et de décorations, face à la vallée fertile ou l’on trouvait à l’époque la plupart des villes et villages Nazca.

La vallée du Rio Nazca

En écoutant le guide on découvre les techniques de construction Nazca (qui mêlaient bois dur, bois tendre et terre pour faire des bâtiments résistants aux séismes), leur production artisanale, l’importance de la musique et de l’art dans leur société, les pratiques un peu plus « spéciales » comme les crânes momifiés en décoration, etc.

Un poteau Nazca d’adobe : un cœur de bois dur comme de la pierre et un cerclage de tige souples lui donnent une résistance aux séismes exceptionnelle

Des outils de peinture et de teintes de textiles trouvées sur le site, les Nazcas adoraient la couleur !

Ces fins textiles brodés en cotons ou en laine de lama montrent l’importance de Cahuiachi en tant que centre culturel et artisanal

Une immense flute de pan en terre cuite

Ces « têtes trophées » étaient accrochées en décoration dans certains temples

Présentent sur beaucoup de poteries et d’objet (comme l’urne a droite), les archéologues ne peuvent que constater leur importance dans la culture Nazca, sans pouvoir expliquer la pratique, car ce sont exclusivement des têtes de femmes !

Et puis à la fin de la visite, le guide pointe une colline de sable un peu plus loin en indiquant que c’est ici que se trouve la plus grande pyramide cérémonielle, presque 2 fois plus grande que celle que l’on vient de voir !

Cette colline de sable en centre de l’image dissimule une immense pyramide enfouie !

Et petit à petit on se rend compte que toutes les grandes dunes que l’on a croisé lors de ces kilomètres de traversée du désert ne sont pas naturelles, mais sont des anciens temples et palais Nazca encore enfouis sous les sables ! Toute cette zone a en effet été recouverte d’une couche de sédiments par une énorme inondation due à un phénomène El Nino particulièrement violent qui a précipité la fin de la civilisation Nazca, mais faute de financement les fouilles avancent à pas de fourmis, révélant chaque année des trésors qui laissent à peine entrevoir tout ce qui reste enfoui sous les sables du désert.

Une reconstitution de que devait être Cahuiachi au temps de sa splendeur

Cet immense complexe religieux était un énorme centre de pèlerinage, à l’image de St Jacques de Compostelle en Europe au moyen-age, et que voit-on faisant face aux pyramides de l’autre coté de la vallée du fleuve ? L’immense plateau désertique ou sont tracé les si mystérieux géoglyphes ! Les géoglyphes s’intégraient donc dans une pratique religieuse et culturelle aussi importante que l’était la puissance et le rayonnement de la civilisation Nazca.

Au loin le plateau des géoglyphes Nazcas

Découvrir l’ensemble des traces que nous ont laissé cette civilisation millénaire n’enlève rien au mystère des incroyables tracés du désert, mais au contraire les replace dans un cadre beaucoup plus grand et incroyable : celle d’une civilisation ayant développé dans ce coin de désert aride à force d’ingéniosité et de talent un des civilisations les plus créatives et culturellement riches d’Amérique du sud, et si le sable a emporté depuis longtemps la signification précises des grands géoglyphes, il est simplement magique de découvrir qu’il y a quelques milliers d’années, un peuple a voulu exprimer tout son art et sa culture dans ces immenses dessins tournés vers les cieux.

A bientôt pour de nouvelles merveilles !

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4 réponses sur “Les 700 merveilles du monde – Nazca”

  1. Superbe article encore où vous nous apprenez beaucoup sur les Nazcas… Il est vrai qu’il y a beaucoup à découvrir, un peu comme dans la région de Tikal au Guatemala où de nombreuses pyramides sont encore enfouies sous des mètres cubes de terre ! Bonne suite de voyage !

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    1. Merci beaucoup ! Nous avons encore tellement de choses à découvrir sur les civilisations d’Amérique avant l’arrivée des Européen, il y a des milliers de merveilles encore ensevelies. Le futur nous réservé encore pas mal de découvertes.

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  2. C’est hyper impressionnant! ça doit être vraiment dingue de voir ça en vrai, quelle chance ! je ne savais même pas que de tels endroits existaient sur terre! j’y aurais passé des heures je crois haha! des bisous!

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