Ile de Pâques – nos premiers jours entièrement à pied !

De Punta Arenas, tout au bout du monde, nous prenons l’avion direction Santiago du Chili, à plus de 3 000 km au nord. En à peine 3h, nous voilà de retour dans cette grosse ville bruyante, odorante, vivante. L’aventure Amérique Latine est presque terminée pour nous, il ne nous reste qu’une ultime étape et non des moindres : l’île de Pâques ! Ou devrait-on plutôt l’appeler Rapa Nui de son vrai nom ! Bien qu’appartenant officiellement au Chili, l’île revendique une très forte culture polynésienne qui ferait presque oublier qu’ici on parle l’espagnol !

D’ailleurs, l’île de Pâques s’appelle ainsi car elle fut découverte le jour de Pâques de l’an 1722 par le navigateur nééerlandais Jakob Roggeven !

Nous sommes partis le 15 septembre 2018 pour un voyage d’un an et demi en Amérique du Sud, Océanie et Asie du Sud Est ! Voici notre récit au Chili. Pour lire le début des aventures, c’est ici.

C’était un grand rêve pour nous de se rendre sur cette île, l’une des plus isolées au monde, et qui a fait couler énormément d’encre sur ses soit-disant « mystères ». Mais nous avons tout de même hésité de long mois, comparant le coût des billets d’avion et nous renseignant sur le coût de la vie sur place (notamment l’entrée du parc national qui la couvre entièrement). Et puis finalement, nous nous sommes décidés, l’occasion était trop belle ! Nous avons passé 7 jours sur l’île (j’avais entendu dire qu’il était aujourd’hui interdit d’y rester plus longtemps, nouvelle règle instaurée par le gouvernement chilien et permettant de protéger l’île de l’afflux de touristes, mais je ne suis pas sûre que ce principe soit déjà en vigueur) et comme en 7 jours dans un endroit pareil il y a le temps de découvrir des millions de choses, nous vous ferons le récit de notre passage sur l’île de Pâques en 3 articles chronologiques mais aussi thématiques : à pied, en vélo, en voiture ! Vous allez comprendre pourquoi 😉

Ces articles permettront de vous raconter notre expérience, ce que nous avons fait sur l’île et comment. Toutefois, ils ne sauront être complets sans l’article des 700 Merveilles du Monde de Clément associé, qui s’attachera à décrire la partie historique et culturelle de l’île. En effet, l’île de Pâques présente une histoire passionnante, bien plus riche que celle des statues et qui est généralement mise en valeur, mais souvent inconnue et nos visites et réflexions y sont intimement liées ! Cet article permettra notamment de comprendre pourquoi il n’y a quasiment aucun arbre sur l’île et pourquoi les locaux ont bien du mal à développer une agriculture leur permettant de ne pas être entièrement dépendants des aides du continent !

◊ Avant toute chose…

Toutefois, afin de ne pas vous perdre si vous lisez cet article en vitesse en avalant votre café du matin, voici quelques petites précisions pour mieux comprendre la suite !

♦ Qu’est ce qu’un ahu ?

Il s’agit de plateformes cérémonielles construites par la civilisation rapanui. De forme rectangulaire, haute de 1 à 2 m et large de 4 à 100 m, il s’agit de grands monticules de pierres plus ou moins ordonnés qui servaient notamment de sépultures.

Qu’est ce qu’un moaï ?

Il s’agit de ces fameuses et imposantes statues de pierre qui étaient initialement posées sur certains ahus (d’autres n’ont simplement jamais eu de moaï) et tournant le dos à l’océan, regardant leur île dans le but de la protéger. Elles représentent la force et la mémoire des ancêtres.  Elles ont toutes été renversées lors des révoltes du peuple rapanui contre leurs leaders à une époque où les ressources de l’île s’amenuisaient drastiquement, les conduisant à la famine. Aujourd’hui, quelques unes sont debout, remises en place par les archéologues, mais la grande majorité sont toujours tête face contre terre.

Et on n’a pas le droit de leur mettre les pieds dans les yeux, non mais !

♦ Comment obtenir la localisation des divers sites ahu et moaï ?

Nous n’avons jamais trouvé de carte précise de l’île, que ce soit en fouillant quelques librairies à Santiago ou en recevant la carte officielle du parc national. Si on ne compte s’intéresser qu’aux plus importants sites archéologiques, pas besoin de plus, mais nous vous conseillons tout de même de télécharger l’application maps.me et la carte de l’île de Pâques. Tous les ahu et moaï de l’île, même ceux à demi enfouis sous la végétation y sont repérés ainsi que tous les sentiers un peu « annexes ». Cela nous a permis de partir à l’aventure à la recherche d’un ahu ou de moai non repéré sur les autres cartes et d’en découvrir, encore intacts, au milieu des terres, comme si personne ne s’y était intéressé depuis qu’ils avaient été renversés. Cela a apporté une toute autre dimension à notre découverte de l’île et à la compréhension de son histoire !

Notre programme sur 7 jours en résumé

A pied :

  • Jour 1 : Hanga Roa et premiers moaï le long de la côte
  • Jour 2 : Ahu Akivi puis montée au sommet du Maunga Tere Vaka
  • Jour 3 : Cratère Rano Kau, Orongo puis descente vers le site de Vinapu

A partir de là, nous avons pris conscience que parcourir l’île uniquement à pied n’allait pas être envisageable sur une seule semaine ! En effet, notre plan de départ était d’en faire le tour complet en 2 jours de marche : rejoindre la plage d’Anakena, à l’opposée d’Hanga Roa, par la côte ouest, puis revenir à la ville par la route qui borde la côte. Toutefois, nous apprendrons que le passage par la côte ouest est fermée par le parc national et qu’il nous faudrait donc suivre la route principale qui traverse l’île (et qui n’a plus rien à voir avec un joli chemin de randonnée côtier !). Aussi, nous comprenons que notre notion du temps et des distances sur cette île est faussée et surtout, que de nombreux trajets ne sont que d’infinies lignes droites en bord de route et en plein soleil (pas d’arbres = pas d’ombre)  ! Ainsi, si nous voulons continuer à pied, il nous faudrait certainement zapper certains sites ou bien ne pas prendre le temps de les apprécier pour finir notre tour à temps…


A partir de là, plusieurs options s’offraient à nous ! La moins chère, la plus écologique mais la plus sportive : la location de vélo ! La plus chère, la moins écolo mais la plus relax : la location d’une voiture (petit 4×4). Il est aussi possible de louer une moto ou un quad mais il semblerait qu’il faille posséder un permis BSR pour en avoir le droit. L’évidence nous apparaît automatiquement : nous louerons des vélos ! Les distances devenant tout de suite beaucoup plus raisonnables en vélo, nous nous imaginons déjà en train de profiter du beau temps et des paysages de l’île en adéquation avec le calme d’un vélo ! De plus, nous aimons le côté sportif et aventurier du vélo, nous en sommes capables donc cela ne nous paraîtrait pas cohérent, sur une île à l’environnement en souffrance comme l’île de Pâques, d’y ajouter notre pollution touristique.

A vélo :

  • Jour 4 : Plage d‘Anakena et une partie de la côte nord
  • Jour 5 : Retour à Hanga Roa en prenant la côte est. Passage par l’ahu Tongariki et Rano Raraku
  • Jour 6 : Jour de repos ! Musée d’Hanga Roa et couché de soleil sur l’ahu Tahai

Au cours de notre séjour, nous avons rencontré un couple de français fort sympathiques qui avaient plutôt choisi l’option voiture ! Ils nous ont proposé très gentiment de nous emmener pour notre dernier jour profiter d’un levé de soleil mythique sur l’ahu Tongariki et ses 15 moaï redressés. Voilà pourquoi nous finissons en covoiturage !

En voiture :

  • Jour 7 : levé de soleil sur l’ahu Tongariki puis baignade sur la plage d’Anakena
  • Jour 8 : au revoir l’île de Pâques !

Et on démarre tout de suite !

Jour 1 – Arrivée à Hanga Roa et premiers pas sur l’île

Ca y est, nous y sommes ! 5h d’avion depuis Santiago, 3h de décalage horaire supplémentaire, et nous posons le pied sur ce minuscule morceau de terre, flottant sur le Pacifique à 3 500 km du continent sud-américain, à 2 070 km de sa discrète voisine : l’île Pitcairn. Nous y croyons à peine tant cela nous semble surréaliste d’être parvenu jusqu’ici ! Nous débarquons à l’aéroport d’Hanga Roa, seule véritable « ville » de l’île, sur l’unique piste d’atterrissage d’où décolle et atterrit un avion par jour, pas plus. Première chose à faire : acquérir notre ticket d’entrée pour le parc national de l’île qui la recouvre totalement et qui nous sera demandé à chaque entrée de sites remarquables. 54 000 pesos chilien en moins dans notre porte-monnaie, un bout de papier avec la liste des plus gros sites et une grossière carte de l’île en plus, et c’est parti !

L’aéroport d’Hanga Roa

A la sortie de l’aéroport, des navettes pour les hôtels et campings de la ville attendent les voyageurs, leur remettant des petits colliers à fleurs. Je crois bien que nous sommes les seuls à les ignorer tous, n’ayant rien réservé et préférant aller se renseigner par nous-même. Nous prenons donc un petit moment à faire le tour de nos options, les deux campings de la ville, les rues autour de l’aéroport redevenant magiquement désertes et tranquilles une fois le flux de voyageurs absorbés. Nous commençons alors enfin à sentir l’atmosphère de l’île. Une douce lumière dorée colore les arbres qui projettent leurs ombres sur une simple route où passent de temps en temps des pascuans étonnés de nous voir marcher avec nos sacs à dos, nous demandant avec le sourire si nous avons besoin d’aide.

La première chose qui me frappe est la quantité impressionnante de fleurs qui s’épanouissent dans tous les jardins ! Des formes et des couleurs inédites, elles semblent deux fois plus grosses et deux fois plus belles que toutes les fleurs du continent.

Nous trouvons bien vite notre maison pour la prochaine semaine : il s’agira du camping Tipanie Moana situé dans les terres. Nous sommes accueillis par son propriétaire, Benjamin, un pascuan chaleureux qui maîtrise le français et nous fera tout de suite nous sentir chez nous. De tous les campings que nous avons fait, celui-ci fut certainement le mieux pensé ! Notamment car des espaces séparés sont prévus pour chaque campeur dans la pièce commune afin de pouvoir entreposer nos provisions ! Nous installons vite notre tente au côté d’une quinzaine d’autres, venant s’ajouter à la liste déjà longue des français présents sur ce camping. La nuit précédente ayant été un peu rude (nous l’avons passé à l’aéroport de Santiago, notre vol étant très tôt le matin), nous prenons notre temps pour nous doucher, nous préparer et nous mettre en phase avec l’ambiance de l’île.

En effet, nous avons l’impression qu’ici tout est plus tranquille et plus détendu. On ne parle pas de paresse, juste d’une attitude plus sereine où tout se fera certainement et bien, sans avoir besoin de se stresser pour cela.

Les locaux sourient constamment dans la rue lorsqu’ils nous dépassent pour nous dire bonjour (alors que bon sang, vu le nombre de touristes de passage sur l’île, on pourrait se dire qu’ils en aient un peu marre !), on nous accueille chaleureusement dans les boutiques, de la musique à base de ukulélé et de chants polynésiens flotte dans l’air un peu partout et les rues sont d’un calme surprenant. Nous avons l’impression que le temps s’est ralentit, nous permettant d’avoir la liberté de faire 1000 choses dans la journée ou de ne rien faire du tout.

Hanga Roa

Nous profitons de cette 1ère journée simplement en découvrant ce nouvel environnement tropical autour d’Hanga Roa. Avec seulement 3 300 habitants à l’année, (originaires du Chili ou des îles polynésiennes majoritairement) et un avion par jour débarquant des centaines de touristes du monde entier, nous avons un peu peur que la ville nous laisse un peu le même sentiment qu’El Chalten en Argentine ou Agua Calientes au Pérou : des villes qui semblent façonnées pour le tourisme et qui n’ont pas vraiment d’âme en dehors de cela. Mais pour le coup, nous sommes agréablement surpris ! Cela se sent d’autant plus fort lorsque l’on quitte le centre-ville pour s’aventurer au milieu des maisons de locaux aux abords de petits champs.

Nous faisons nos premiers pas dans la rue principale d’Hanga Roa bordée de petites épiceries, de boutiques de souvenirs et de restaurants. Les bâtiments sont modestes mais s’intègrent bien au milieu des palmiers, des fleurs et des meubles en osier. La lumière est celle d’un été qui s’étire sans fin, prolongeant les ombres des enseignes colorées.

Le marché artisanal d’Hanga Roa

L’océan nous attire irrépressiblement, infini bleu presque visible à chaque coin de rue. Ici, nous tombons sur quelques surfeurs et surfeuses profitant de belles vagues. Au petit port de plaisance, nous découvrons que pile au milieu… nagent de grosses tortues marines ! Il est d’ailleurs possible de se baigner avec elle. Mais surtout, c’est ici que nous apercevons notre tout premier moaï, posé là au milieu de la ville ! Cela nous fait tout bizarre, nous avons encore plus de mal à y croire ! Souvent nous avions vu ces mystérieuses (il parait !) statues dans des reportages à la télévision, sur internet, mais les voir en vrai et comprendre leur histoire, c’est tout autre chose !

Le premier moaï que nous verrons

Nous continuons le long de cette côte, au sommet de grandes falaises sur lesquelles viennent s’écraser avec violence de grandes vagues bleues foncées. La lumière de cette fin d’après-midi est presque irréelle, l’herbe semble vert fluo et le ciel prends une couleur vanille. Nous tombons sur 2 autres moaï, disposés là, par hasard, dont un (reconstitution moderne) à le dos entièrement sculpté de diverses formes d’animaux ou de figures rapa nui. Il porte également un de ces gros chapeau de tuff rouge, presque grotesque vu sa taille démesurée !

Voila à quoi ressemblaient les moaï aux temps de leur existence

Nous en restons là pour cette première journée, nous sentons que nous sommes arrivés dans un endroit très particulier, à la fois mystérieux et plein de sens et les prochains jours s’annoncent très riche en découverte et en dépaysement !

Jour 2 : Monter au sommet de Tere Vaka

 Il y a tellement de choses à faire sur l’île de Pâques que nous ne savions pas bien par quoi commencer ! Du coup, un peu comme à notre habitude, nous nous sommes dit qu’une première chose sympa à faire serait de monter sur le plus haut sommet de l’île pour avoir une vue d’ensemble et comprendre comment les choses s’articulent ! Ce sommet s’appelle le Maunga Tere Vaka, un très vieux volcan qui culmine à 507m s’il vous plait !

Pour y aller depuis Hanga Roa, deux possibilités : prendre la route qui passe par le centre de l’île jusqu’à l’ahu Akivi puis prendre le sentier qui monte ensuite jusqu’au sommet (comptez environ 1h30 pour la montée seule), ou tout faire à pied depuis Hanga Roa via un petit chemin de traverse (merci maps.me !). Bien sûr, nous avons choisi la seconde option !

Nous partons donc au levé du soleil de notre camping et prenons la Via a Repa au nord de la ville. Nous traversons les rues endormies et encore fraîches d’Hanga Roa croisant essentiellement des pascuans se rendant au travail ou faisant leurs courses. La campagne nous environne dans chaque direction où le regard se porte, de petites collines jaunissantes, de rares arbres et quelques maisons en bois ou au toit de tôle. Nous sortons peu à peu de la ville, la Via a Repa se poursuit et surplombe Hanga Roa et la côte avant de finalement rejoindre un sentier presque recouvert de végétation qui se poursuit dans les champs.

La fin de la route, le début des champs !

Nous mettrons deux bonnes heures à traverser cet espace complètement sauvage à mi-chemin entre le champ, la prairie laissée à l’abandon, et la colline dénudée. Un paysage assez indescriptible ! Nous perdons de temps en temps le sentier, mais l’alliance de notre GPS et de la direction indiqué par le Tere Vaka en face de nous et l’océan à notre gauche nous permet de poursuivre et de rejoindre finalement une petite cabane de gardien du parc. La gardienne nous regarde pleine de surprise, nous reprochant d’être passé par là sans avoir prévenu quelqu’un du parc au cas où il nous arrive quelque chose. Nous nous excusons, lui expliquant que nous avons simplement suivi un sentier repéré sur notre carte sans croiser aucune barrière nous empêchant de passer par là. Bizarre !

Nous rejoignons la grande route qui mène jusqu’à l’ahu Akivi, premier véritable ahu de l’île que nous découvrons. Celui-ci est unique puisque les moaï sont orientés vers l’océan et non vers l’intérieur de l’île. Ils sont sensés représenter les premiers explorateurs polynésiens ayant fondés les 7 grandes familles de l’île. Ces 7 statues semblent nous appeler à un temps beaucoup plus ancien et oublié, elles nous regardent du haut de leur 4 ou 5 mètres avec cet air supérieur qui nous fait nous sentir tout petit, notre âge étant tellement insignifiant par rapport aux leurs.

L’ahu Akivi sous le soleil écrasant de midi !

Ils sont disposes sur un ahu en galets s’étendant tout autour

Chaque statue a une forme de visage, de nez, d’yeux, une posture, des mains qui lui sont propres, faisant référence à un ancêtre en particulier

Derrière elles, se dressent le Maunga Tere Vaka, notre étape du jour ! Nous nous y lançons donc vers 11h du matin, quelle idée car il fait déjà sacrément chaud et le problème de l’île de Pâques est que les arbres autour de nous se comptent sur les doigts d’une main ! Nous montons à flanc de « montagne », plutôt de grosses collines, nous élevant petit à petit au-dessus de l’océan, percevant une vue de plus en plus large, complète et incroyable.

Nous parvenons sur le bord du cratère, entièrement recouvert d’herbe moelleuse, d’un premier volcan. En son centre, se dresse un unique arbre, comme s’il s’y était perdu. Le chemin en fait le tour et nous parvenons quelques mètres plus loin sur le fameux sommet du Tere Vaka.

De là, nous avons une vue à 360 ° sur l’ensemble de l’île de Pâques. Et c’est à ce moment-là, que nous nous sommes rendu compte que nous étions véritablement sur un bout de caillou au milieu de l’océan ! Malgré ses 507 m d’altitude nous voyons absolument toutee l’île et sa forme de croissant : Hanga Roa, zone urbaine nichée au creux d’une baie au sud-ouest, le volcan Rano Kau juste derrière, le tout à 1 demi-journée de marche, et de l’autre côté, l’est de l’île terminée par le volcan de Poïke, à une journée de marche. Ensuite l’océan tout autour à l’infini ! C’est la première fois de notre vie que nous avons cette sensation d’être sur un radeau qui dérive au milieu de rien. C’est un sentiment à la fois effrayant et en même temps, c’est assez rassurant de vivre dans un endroit si petit, ou toute le monde se connait et où nous ne sommes jamais très loin de « chez nous ».

D’ici, on se rend bien compte… qu’il n’y a quasiment plus d’arbres sur l’île !

Nous sommes restés un bon moment sur ce sommet battu par les vents ne sachant dans quelle direction tourner notre regard, imaginant nos prochains jours à découvrir les 4 coins de l’île. Nous finissons par redescendre, empruntant toutefois un chemin un petit peu différent qui nous permet de passer par une des rares petites forêts d’eucalyptus et de découvrir (grâce à map.me !) une petite grotte où trainent une casserole et une poêle. Vagabond solitaire ou rituel rapa nui ?

Nous rejoignons l’ahu Akivi en fin d’après-midi et à partir de là, il nous faut rentrer ! Nous n’avons pas forcément envie de reprendre notre chemin du matin et nous longeons donc la route qui mène à Hanga Roa, quelques kilomètres faisable à pied. Toutefois, nous ne perdons pas l’espoir de faire un peu de stop ! Et cela ne rate pas puisqu’ici, sur cette route déserte, la première voiture qui passe s’arrête pour nous  ! Nous rencontrons un pascuan qui rentre à Hanga Roa avec sa femme et ses 2 fils dans un petit 4×4. Ils se tassent pour nous faire de la place et nous embarquer avec eux et c’est parti ! Nous découvrons en fait que notre conducteur (nous n’avons pas eu le temps de lui demander son prénom !) est en fait tahitien et il est ravi de pouvoir parler un peu français avec nous. Il nous explique en quelques minutes qu’il a déménagé sur l’île de Pâques car le coût de la vie y était moins élevé qu’à Tahiti, mais aussi pour profiter d’une vie plus tranquille. Au bout de la 5ème fois dans notre échange avec lui où il a répété le mot « tranquille », nous avons commencé à comprendre l’ambiance de l’île !

Infos pratiques pour le Tere Vaka

  • Durée totale depuis Hanga Roa à pied : 4-5h aller dont 1h30-2h pour la montée au sommet du Tere Vaka depuis l’ahu Kivi
  • Direction : suivre la Via a Repa au nord d’Hanga Roa jusqu’au bout puis le sentier se poursuit au milieu de la végétation. Là, il faut continuer à aller vers le nord jusqu’à rejoindre la route. L’Ahu Akivi est ensuite à quelques mètres vers l’est. De là, le sentier pour le Tere Vaka est indiqué et il suffit de le suivre et de grimper !

Spectacle de danse rapa nui

Le soir-même, nous nous rendons avec Benjamin et d’autres campeurs à un spectacle de danse rapa nui organisé par une des écoles de danse de l’île. Nous sommes toujours assez difficiles sur ce genre de spectacles, nous essayons d’éviter les mises en scène uniquement destinées aux touristes étrangers, qui mettent en valeur une image de la culture aborigène remâchée et restylisée pour plaire. Mais en même temps, nous adorons découvrir cette partir de la culture ! Benjamin nous rassure donc un peu lorsqu’il nous dit qu’il s’agit d’une école locale centrée sur la préservation et la transmission de la culture rapa nui, et nous nous laissons tenter !

Finalement, le spectacle se déroule tout de même dans une salle immense remplie par 4 ou 5 groupes de touristes différents, il fallait s’y attendre ! Une vidéo assez longue sert d’introduction et permet d’expliquer le rôle de cette école qui effectivement, par la danse mais aussi par bien d’autres pans de la culture (langue, cuisine, artisanat, traditions orales…), tente faire revivre et perdurer la culture rapa nui qui a quasiment disparue au cours de l’histoire. Le travail de cette école semble remarquable et nous sommes directement plongés au sein de leur histoire, oubliée, mais qui tente de subsister. Le spectacle nous enchantera de bout en bout que ce soit pour la musique traditionnelle en live ou les danses des hommes et des femmes.

Jour 3 – le cratère Rano Kau et le village d’Orongo

Pour notre troisième journée sur l’île, nous prévoyons de nous rendre au bord du cratère Rano Kau, l’un des 3 volcans fondateurs de l’île avec le Maunga Terevaka et Poïke, lui donnant cette fameuse forme de croissant, situé juste à côté d’Hanga Roa. Il est apparemment possible de marcher au bord du cratère puis de rejoindre un des sites archéologiques majeurs de l’île, le village d’Orongo.

Nous partons donc au petit matin, profitant d’une fraîcheur bienvenue, longeant la côte parmi les rues endormies avant de rejoindre le début du sentier menant jusqu’au cratère du volcan. Nous nous embarquons pour une grosse heure de montée au milieu des fougères, le regard embrassant un horizon de plus en plus large à mesure de notre avancée. Le sentier débouche sur la route qui monte en zigzag jusqu’au sommet du volcan et où nous croisons des mini-bus remplis de touristes qui montent beaucoup plus vite que nous.

Et puis finalement, nous y sommes ! Ce qu’il faut savoir, c’est que ce cratère est extrêmement protégé car à l’intérieur, se trouve un écosystème naturel où poussent les espèces natives de l’île qui ont malheureusement disparues de sa surface. Depuis la crête du volcan, nous avons une vue sur cette immense ovale au bord dentelé, plongeant abruptement. Le fond du cratère est recouvert de ce petit morceau d’île de Pâques originel : une zone humide formée de petites nappes herbeuses rondes et de petites plantes aquatiques. La vue est aussi impressionnante que ce qu’elle en a l’air, d’un seul regard nous voyons tout le pourtour au bord doux et vert foncé du volcan qui se pose là, juste au bord de l’océan que nous voyons à travers une déchirure de sa paroi. Nous longeons ce cratère sur sa moitié et rejoignons la côte, ou une immense falaise plonge dans les flots rugissants. Là, se trouve un des sites témoins de la culture rapa nui : le village d’Orongo.

A l’intérieur du cratère

Le petit sentier qui mène vers Orongo est presque entièrement recouvert de végétation !

Le village Orongo

Ce « village », plutôt un lieu de culte puisqu’il n’a jamais servi de lieu d’habitation, fut le haut-lieu culturel de l’île après la période des moaï. Il revêt une importance énorme dans la culture rapa nui puisque c’est là qu’étaient célébrés les cultes liés aux festivités autour de l’homme-oiseau, une histoire complètement dingue où des hommes concouraient pour ramener un œuf d’oiseau depuis une minuscule île inhabitée (Moto Nui) située près des côtes, en nageant dans une mer infestée de requin et en escaladant la falaise. Facile ! Le détail de cette histoire vous sera raconté dans un article des 700 Merveilles du Monde !

Orongo se trouve tout au bord de la falaise

Les quelques bâtiments de pierre battus par les vents au sommet de cette falaise laissent imaginer le mélange de folie et de courage dont devaient faire preuve les hommes s’affrontant pour devenir l’homme-oiseau (figure respectée et honorée par tout le peuple rapa nui). Quelques peintures sur des murs impressionnent par le fait qu’elles semblent presque avoir été peintes hier ! En face, dans l’océan immense et infini se détachent 2 énormes rochers : le second est la fameuse île de Moto Nui !

Voici Moto Nui, tout au fond ! Une île bien hostile…

Pour repartir d’Orongo, nous décidons de refaire de nouveau une partie du tour du cratère de Rano Kau pour rattraper la route un peu plus loin qui descend ensuite de l’autre côté de l’île vers le site de Vinapu au sud-est. Nous nous retrouvons seuls, la plupart des tours touristiques ne profitant que d’un seul point de vue sur le cratère. Nous jetons un dernier regard à la vie exceptionnelle complètement isolée à l’intérieur du cratère avant de couper à travers champs au milieu des vaches et de grandes herbes sèches. Nous parvenons de nouveau sur la route qui revient jusqu’à Hanga Roa et un coup de stop nous permet de gagner le croisement de la route longeant l’aéroport et rejoignant la côte. Il est alors midi et demi, il fait chaud, très chaud, et les 8 km de route complètement monotones nous semblent interminables. Nous n’avons que des gâteaux secs à manger, pensant que notre programme de visite ne nous prendrait que la matinée, il semblerait que nous ayons largement sous-estimé les distances à pied et la chaleur qui règne sur cette île !

En descendant de Rano Kau

Tant bien que mal, nous finissons par apercevoir le site de Vinapu située en bord de mer.

Vinapu

A Vinapu, nous voyons nos premiers Moaï renversés, face contre terre. De loin, on ne voit qu’un gros tas de pierre, sans vraiment de distinction par rapport à l’ahu sur lesquels ils se trouvent et je met du temps à comprendre, à discerner la tête du reste du corps. Mais lorsque je comprends enfin et que je discerne ces corps immenses surmontés d’une tête toute aussi dingue, face contre terre à jamais, je ne peux plus les voir autrement.

Des moaïs renversés

Je ne suis pas quelqu’un de particulièrement sensible aux sites archéologiques, les tas de pierre ne m’émeuvent pas plus que ça car j’ai beaucoup de mal à imaginer l’histoire passionnante qui se cache derrière ! Mais de voir les grands yeux de pierre de ces statues qui ont été jeté à terre du haut de leur socle, je peux dire que cela fait un vrai effet et on imagine parfaitement la colère et la rage des habitants de l’île qui les ont fait basculer dans leur besoin de mettre fin au régime existant.

Au large du site, de l’autre côté des falaises, nous voyons de grands voiliers blancs contourner doucement la côte et nous nous imaginons qu’il s’agit de familles d’aventuriers réalisant un tour du monde à la voile et débarquant sur cette minuscule île. Plus loin, la côte se découpe dans une grande éclaboussure blanche marquant la transition entre le vert des falaises et le bleu foncé de l’océan. Nous décidons de nous arrêter là pour aujourd’hui et de rentrer à notre camping que nous rejoignons vers 15h30 (à la base, nous voulions aller voir d’autres ahu et moaï le long de la côte, mais la chaleur et les distances ont eu raison de nous). Nous déjeunons enfin mais surtout, nous songeons à changer de stratégie de dépalcement pour les prochains jours !

Infos pratiques

  • Durée totale : 1h30 depuis Hanga Roa jusqu’au cratère Rano Kau puis 15 minutes pour rejoindre le village d’Orongo
  • Direction : Prendre la route de côte sud-ouest après Hanga Roa jusqu’à atteindre les Cabanas Hatutini. De là, un sentier pars pour le sommet du volcan ! Pour rejoindre ensuite Vinapu, longer le cratère depuis Orongo, puis rattrapez la route qui longe l’aéroport sur son autre flanc (pas côté Hanga Roa) jusqu’au bout !
  • Orongo ne peut se visiter qu’une seule fois avec 1 ticket d’entrée du parc national

Nous vous laissons ici pour ce premier épisode concernant l’île de Pâques ! Le second, vous racontant nos péripéties en vélo, est à venir !

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Bonne route !

 

7 réponses sur “Ile de Pâques – nos premiers jours entièrement à pied !”

  1. Wahoo, c’est vraiment incroyable ces paysages ! Pour moi l’Île de Pâques c’est un peu un endroit tellement mystérieux et lointain qu’il n’existe pas ^^ Ca fait bizarre de le voir en photo, merci de nous y emmener 🙂

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