Les 700 merveilles du monde – Les manchots du bout du monde

Tout à la fin de notre périple en Amérique du sud nous sommes arrivés à Punta Arenas, grand port commercial qui contrôlait le détroit de Magellan et qui a été l’un des ports les plus actifs et riche au monde avant l’ouverture du canal de Panama qui l’a replongé dans sa torpeur australe.

Pour illustrer cette première partie voici quelques photos de Punta Arenas et des vestiges de sa grandeur en tant que l’un plus important port industriel du monde

Aujourd’hui la ville est connue pour être le meilleur endroit d’Amérique du sud pour venir observer les pingouins, puisqu’une île de détroit (l’ile Magdalena) abrite une colonie de 60 000 pingouins de Magellan à l’année. Mais petit problème pour nous, une seule compagnie de bateau dessert l’île et le prix du ticket est carrément déconnant : 45 000 pesos, soit 58€ ! Il était donc hors de question pour nous de devoir consacrer autant d’argent à cette activité, en sachant que plusieurs voyageurs nous avait dit qu’il était possible de voir plusieurs colonies de pingouins gratuitement en Nouvelle-Zélande.

Après quelques recherches nous avons découvert qu’il existait une autre colonie beaucoup moins connue, puisque nichant sur le continent et donc accessible gratuitement (ce serait dommage de tuer l’activité économique phare de la région !). Mais manque de bol, nous les avons ratés de quelques semaines puisque les pingouins venaient de finir leur période de reproduction et étaient donc repartis avec leurs petits, devenus suffisamment dodus pour affronter l’océan.

Mais oh surprise, après quelques jours à flâner dans la ville nous découvrons qu’une colonie de manchots royaux s’est installée de l’autre côté du détroit de Magellan ! Là c’était clairement une occasion unique au monde (à moins d’aller faire un tour dans les Kerguelen ou en Antarctique) de voir ces animaux incroyables de près. Mais pour y aller la seule manière « officielle » depuis Punta Arenas est de réserver un tour à la journée, qui coute la modique somme de 70 000 pesos (soit 90€) Ce qui était donc absolument hors de question pour nous !

Mais l’idée de découvrir un animal aussi exceptionnel ne nous sortait pas de la tête, et après quelques recherches nous avons fini par nous décider à y aller. Mais nous nous sommes lancés dans l’aventure par nos propres moyens, c’est-à-dire en stop !  Et vu que le parc est complètement perdu au milieu du grand rien de la Terre de feu nous nous lançons sans aucun filet de sécurité !

Les photos de cet article ont été prises sur 24h, mais le temps et la lumière changent à une vitesse folle sur la terre de feu, donc ne vous étonnez pas d’avoir des photos qui passent du ciel gris sombre au bleu azur.

  • L’aventure Manchots en stop !

Nous prenons donc le ferry de bon matin pour traverser le détroit de Magellan en direction de la petite ville de Porvenir. Traverser cet endroit mythique nous donne des frissons et nous pensons aux explorateurs du XXVIème qui bravaient l’inconnu en découvrant ces rivages.

Nous serons accueillis de la plus belle manière sur la Terre de Feu, quand toute une colonie de dauphins de Peale, magnifique dans leur livrée noire et blanche, va venir se mettre à surfer dans les énormes vagues soulevées par le bateau et sauter partout. Nous les observerons pendant très longtemps, émerveillés par ce spectacle.

Nous faisons rapidement quelques courses à Porvenir afin d’avoir sur nous 2 jours complets de nourriture, si jamais nous nous retrouvons à devoir bivouaquer au milieu des plaines désertes de la Terre de Feu.

Puis, nous postant à la sortie de la « ville » sur l’unique « route » (une piste de terre) nous croisons les doigts très forts. La difficulté n’est même pas de nous faire embarquer, mais simplement qu’une voiture passe !

Seuls quelques travailleurs locaux qui vont rejoindre leur ferme à la sortie de la ville nous font des gestes désolés, et nous voyons le temps défiler face à aux immenses plaines rousses de la Terre de Feu. Finalement après une quarantaine de minutes un 4×4 s’arrête devant nos sourires et va nous embarquer sur la piste en terre jusqu’à la grande route traversant l’île du nord au sud. Francisco est un Argentin qui travaille dans la partie chilienne de l’île et fait tous les jours plus de 300km à travers les plaines désertes de la Terre de Feu. Après 1h de route désolée et de discussion passionnante nous voilà déposés au milieu d’absolument rien, à 15km de notre destination…

Ce n’est pas bien grave, nous en avons vu d’autres ! Sans espoir de trouver des véhicules sur cette route, desservant seulement quelques haciendas perdues et le parc naturel des manchots, nous nous mettons en marche. 15km c’est long, mais alors sur une route ou les seuls points de repères sont les guanacos c’est interminable !

Heureusement la chance nous sourira encore, si les premiers véhicules que nous voyons passer sont des véhicules de location conduits par des touristes qui ne s’arrêtent jamais pour prendre les autostoppeurs, nous allons être pris par Omar et Fred (ça ne s’invente pas !) qui transportent quelques centaines de moutons dans leur énorme camion, et nous apprendrons comment fonctionnent les élevages ici ; puis par 2 travailleurs du chantier de LA route goudronnée locale, qui occupent leur fin de journée de travail à 600km de leurs foyers sur le continent à venir visiter le parc des manchots comme nous. Victoire, nous voilà arrivés à 16h au parc naturel pinguino rey (pingouins rois, le nom espagnol du manchot royal).

Après une visite magique dont je vous parle un peu plus bas, voici venir le temps de rentrer. Nous sommes les derniers visiteurs à sortir du parc et la route apparait encore plus désertique que tout à l’heure alors que le soleil descend sur l’horizon. Nous nous remettons en marche, nous disant que nous sommes partis pour un bivouac au milieu des guanacos.

Mais après quelques kilomètres de marche le miracle s’accomplit et Martin, colombien étant venu travailler dans une hacienda pour découvrir ce bout du monde, va nous déposer au croisement. Là encore nous serons touchés par la grâce de je ne sais quelle divinité car, alors que la nuit tombe, certainement la seule voiture allant passer sur cette route de toute la soirée s’arrête, et Marcel et Paulina, couple Argentino-Chilien traversant les frontières pour le travail et l’amour, va nous ramener à Porvenir au train d’une discussion intense sur les politiques de nos pays respectifs, pour que nous puissions payer un hôtel miteux au prix fort au lieu de dormir dans la pampa (des fois on se demande pourquoi on cherche à revenir à la civilisation…). L’aventure sera complétée le lendemain avec un retour à Punta Arenas par le ferry du matin, non sans que sur les 5km nous séparant de l’embarcadère nous nous fassions prendre en stop sans rien demander !

Quelques flamand roses histoire de finir la journée en beauté !

Ce que nous avons découvert c’est que les fuégiens (les habitants de la Terre de Feu) prennent systématiquement les autostoppeurs, car ils savent que parfois, ils seront la seule voiture de la journée (voire de la semaine) à passer par la route sur laquelle ils nous croisent, mais surtout que ce sont des personnes charmantes, argentins comme chiliens. Grâce à ces rencontres nous en avons appris énormément sur ce qu’est la vie dans ce bout du monde : notamment que beaucoup d’argentins viennent travailler au Chili qui jouit d’une situation économique bien meilleure (c’est peu de le dire), que les fuégiens rêvent souvent de partir de cette île perdue qu’ils trouvent monotone et au climat trop rude (alors que les Européens rêvent d’y aller et d’y vivre…), et qu’ici les guanacos sont considérés comme des nuisances qui se jettent sous les roues des 4×4.  Les fuégiens ne comprenaient d’ailleurs pas notre passion pour ces animaux qui pullulent en Terre de Feu, alors qu’ils nous conseillaient d’aller voir l’unique colonie de cerfs implantée sur l’île qu’ils considéraient comme un animal exceptionnel, et ne comprenaient pas pourquoi nous restions de marbre devant une telle information !

  • Le parc pinguino rey

Les manchots royaux avaient l’habitude de venir se reproduire au fond de cette baie : la Bahia Inutil (baie inutile, nommée comme cela car elle n’offre aucune possibilité d’ancrage abrité, de débarquement ou de refuge en cas de tempête). Mais les manchots ne la trouve pas si inutile que ça eux, car les conditions sont tellement propices qu’avec un petit coup de pouce du réchauffement climatique, une colonie de manchot s’est mis à y vivre toute l’année à partir de 2010. C’est la seule colonie de manchots royaux patagonienne qui ne migre pas et qui est installée tranquillement à l’année, c’est dire si les conditions ici sont favorables. On peux même dire que c’est un petit havre de paix pour manchots, le gouvernement a donc créé un parc naturel tout neuf pour les protéger : le parc pinguino rey.

Les quelques bâtiments du parc

Le fond de la Bahia Inutil, saurez-vous repérer les manchots ?

La visite commence par une petite explication de l’unique garde du parc (car c’est une petite famille vivant-là qui gère l’endroit). Nous apprendrons pêle-mêle tout sur la vie du manchot, notamment son cycle de reproduction, ainsi que l’histoire du lieu, où des fouilles archéologiques indiquent que les aborigènes fuégiens chassaient les manchots il y a déjà plus de 10 000 ans. Avant de partir à la rencontre de la colonie la garde nous préviens : « vous avez une chance exceptionnelle, il n’y a pas de vent aujourd’hui et vous pourrez les entendre ! »

Nous commençons donc à serpenter sur le petit chemin menant à la colonie quand la douce clameur de la soixantaine de manchots jabotant à tue-tête (oui le manchot jabote !) nous surprend. Nous sommes très loin du doux chant mélodieux, et cela ressemble à un mélange de trompette bouchée et de porte qui grince. Mais entendre cela nous ravi d’émotion et c’est tout émerveillés que nous parcourons les derniers mètres.

Je ne peux pas décrire l’émotion qui nous a submergé en découvrant de nos yeux cette colonie de manchots en train de tranquillement se dandiner à quelques mètres de nous. C’était irréel pour nous de pouvoir un jour rencontrer de tels animaux rares et menacés. Une sensation nous a pris à la poitrine en nous disant que nous étions au bout du bout du monde en train d’observer un tel spectacle, la sensation de contempler un trésor qui s’offre à nous, d’être chanceux au-delà de tout ce que l’on aurait pu espérer.

Le manchot royal est le 2eme plus grand manchot au monde, car il est juste à peine plus petit que le manchot empereur. Mais néanmoins avec son mètre de haut cela reste une sacrée bestiole. S’il a des airs de gros bonhomme complètement saoul quand il marche, dans l’eau c’est une véritable torpille et sa zone de pêche peut s’étendre sur plus de 2000km, et il peut plonger jusqu’à 200m de profondeur.

Et alors que nous pensions être au bout de nos surprises, nous avons découvert de grosses boules de poils brunes s’agiter entre les jambes des manchots : des bébés manchots ressemblant à de grosses peluches venaient titiller leurs parents à coup de bec pour obtenir leur ration de poisson ! Là encore la chance nous a souri (décidément !) et nous étions arrivés à temps pour observer les juvéniles dans leur phase finale d’engraissement, avant qu’il ne perde leur beau duvet brun quelques semaines plus tard et se mettent à pêcher par eux-mêmes.

J’ai faim !

J’ai faiiim !

J’ai faiiiiiim !

J’ai faiiiiiiiiiiiiiim !

J’ai faiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiim !

Oh ben j’en ai marre, je boude !

Nous sommes restés des heures à observer la colonie, sidérés par ces animaux, notamment les petits qui ressemblaient à de vieux bonhommes grincheux venant constamment couiner auprès des adultes pour réclamer qu’on s’occupe d’eux. Nous avons alternés entre le site de nidification et la plage ou les manchots se mettent à l’eau, sans comprendre pourquoi ils s’obstinaient à faire ce trajet à pied alors qu’une petite rivière s’écoule entre les deux et qu’ils nagent merveilleusement bien !

Le parc s’occupe très bien des manchots mais aussi des visiteurs et le prix d’entrée un peu cher fut vite oublié pour nous, notamment car il y a encore 4 ans on pouvait tranquillement venir manger son sandwich à 2 mètres des manchots en train de couver mais qu’aujourd’hui des grands paravents en bois ont été installés pour ne pas déranger ces merveilleux oiseaux. Mais nous avons surtout été conquis grâce aux excellentes jumelles fixes installées par le parc, qui sont gratuites ! C’est grâce à ces jumelles que vous pouvez profiter des clichés de manchots en gros plan (nous avons collé nos appareils photos aux oculaires) car nous ne voyageons malheureusement pas avec les objectifs nécessaires pour ce genre de situation.

Le parc pinguino rey restera l’un des souvenirs les plus fort pour nous de toute l’Amérique du sud, pour la chance d’avoir pu observer ces animaux exceptionnels mais aussi pour l’aventure que ce fut d’y aller et les rencontres que cela nous a permis de faire. Si vous passez par le bout du monde je ne peux que vous conseiller d’aller découvrir par vous-même cette petite merveille du monde.

En bas a gauche vous pouvez voir l’un des derniers nés de l’année ! Ces parents ont du perdre leur premier bébé et refaire une ponte tardive. Les rangers du parc étaient très inquiets des chances de survie de ces petits avec l’hiver arrivant.

A bientôt pour de nouvelles merveilles !

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